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[Bilan Sziget 2009] Fabien Chareix, photographe

Pour pratiquer la photo de concert, Sziget est un formidable outil : styles très variés, conditions d’éclairage qui changent sans cesse (on joue de 15H00 à 3H00 du matin), échanges enrichissants avec des photographes pros qui enseignent les bonnes pratiques … la liste serait longue. Mais je dirais que pour réussir ses photos tout au long d’une telle manifestation, dans la durée, il faut simplement être ouvert. Savoir écouter la musique et s’en inspirer, ouvrir l’oeil en permanence pour pouvoir saisir des moments d’ambiance avec le public ou avec les festivaliers, dans les allées, sans se comporter comme un paparazzi qui susciterait et encouragerait, de la part du public, des attitudes ou des gestes racoleurs, juste pour avoir une image.

Ainsi, lorsque j’ai attrapé les deux festivaliers (NDLR : voir les photos ici et ) qui dansaient la gigue, nus, j’étais en retrait, à la recherche, dans la foule, d’histoires à raconter. Je les ai vus se dandiner, j’ai pris quelques images, mais sans conviction, tout cela était très plat. Mais en continuant à observer la scène, j’ai vu approcher 3 photographes journalistes (des femmes) qui, de fait, leur ont demandé d’aller plus loin, de poser et d’être démonstratifs. Elles ont modifié la donne. Je pense que la photo obtenue (NDLR : la voir sur son site), et qui est un ensemble (les deux rigolos en face de 3 femmes paparazzettes avides) est au total plus expressive et plus narrative que les gros plans encouragés, suscités par nos 3 « journalistes ». En outre, le filet de bière qui accroche la lumière n’était visible que pour quelqu’un qui se trouvait en retrait par rapport à la scène. C’est toute la différence entre une photo vulgaire, en gros plan, de deux gugusses qui se pavanent à poil, et une scène où se jouent des rapports assez éternels entre l’avidité et l’attrait du sensationnel. Je préfère nettement les photos en retrait, comme celle dont nous parlons là. Sans compter que les autres n’ont sans doute pas été publiées, alors que la mienne est dans le dossier que j’ai écrit pour Voilà.fr.

Il faut avoir de bonnes jambes aussi, pour cavaler d’une scène à l’autre, de bons bras pour tenir un matériel de plus de 5 kg à bout de bras au-dessus de la foule, et de bons réflexes lorsque l’on n’a que peu de temps, parfois, dans la fosse, pour saisir chez les artistes une expression, une position, une situation par rapport à la lumière et à la musique qui font qu’une photo possède une histoire, ou plutôt la raconte.

Je regrette cependant que pendant ce festival, les photographes aient souvent été empêchés de travailler. Je mets à part la Scène  principale, où les règles de sécurité draconiennes se justifiaient pleinement. Mais pour s’élever un peu en allant sur une terrasse, tout au fond de la grand place, et prendre des images de foule, il m’a fallu quémander car l’accès est réservé aux « VIP », carrément trop nombreux pour être vraiment « VI ». Est-ce normal puisque c’est de là que certaines photos peuvent illustrer le gigantisme du festival? De la même manière, l’accès à la scène World music ne pouvait se faire que pile au début d’un concert, alors qu’il faut un peu de temps pour se poser, pour choisir son matériel, pour tout mettre en ordre … pour le concert de Tiken Jah Fakoly, par exemple, on m’a refusé l’accès anticipé à la « fosse » (une simple étendue d’herbe) où je voulais m’asseoir pour me reposer un peu. J’ai donc changé d’objectif, avec un matériel délicat, assis dans la terre et la poussière, alors que l’on voyait entrer et sortir, pour aller s’en jeter une backstage, des tas de personnes badgées « VIP » – encore elles- qui ne travaillaient pas, qui n’avait pas de boîtier reflex à protéger et qui, si je ne m’abuse, n’étaient pour l’essentiel que des pin-ups trop fardées ou des wonderboys trop emperruqués pour avoir un quelconque rapport avec la promotion et la diffusion de l’image du Sziget. Je me suis parfois demandé ce que je faisais là, dans la saleté, et si vraiment cela valait le coup de travailler dans ces conditions. Pas mal de photographes se sont faits, cette année, cette réflexion.
L’organisation devrait y réfléchir sérieusement, ce n’est pas normal.

En clair, et même si cela variait d’une scène à l’autre (excellent accueil de la presse dans la tente tsigane, aucun problème dans la tente des headbangers etc…), j’ai trouvé que par rapport à l’édition 2008, des consignes assez négatives ont été données à l’encontre des reporters d’image. C’est dommage.
Il y a des bizarreries aussi : des photographes officiels qui utilisent les gros bras du service d’ordre afin d’empêcher, par la force, les autres photographes d’accéder à des zones de la fosse où on a les meilleurs points de vue; des accréditations photo données à des personnes manifestement incapables de se servir d’autre chose que d’un jetable, mais qui écrivent dans de grands groupes de presse, et même pas spécialistes de rock music … bonjour les images, bonjour les articles! Faire des photos d’artistes, ce n’est pas seulement faire des News, c’est aussi tenter de restituer des moments privilégiés. Ces dérives se voient aussi dans d’autres festivals, mais il faut redire que dans l’ensemble, cela n’a pas terni entièrement le plaisir de créer de l’image. Et Sziget c’est aussi cela, un formidable réservoir d’images à prendre sans limites pendant 6 jours, c’est quasiment une expérience unique dans son genre. On a vraiment du mal à imaginer ce que cela peut représenter pour un photographe, c’est exceptionnel, une telle concentration de bons groupes.

Fabien Chareix
photographe

Lire son blog sur Sziget 2009


We are on stage en profite pour remercier Fabien pour ces photos, gentiment données pour publication sur ce blog, ainsi que pour sa franchise, ses conseils, et tout simplement sa gentillesse !

DOSSIER : En direct de Sziget 2009 !

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