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[INTERVIEW] Ludo, artiste tatoueur @Tattoo Art Fest 2009

Il est LE tatoueur de Manue, notre reporter photographe venue avec moi pour couvrir ce Tattoo Art Fest. Il est aussi membre de l’équipe des artistes tatoueurs de la boutique Art Corpus, un des spots parisiens les plus prisés, pour qui il travaille depuis plus de 10 ans.

2 bonnes raisons de lui poser quelques questions sur son rapport au tatouage, son parcours et sa démarche artistique, et le monde du tattoo en général.

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PREMIER CONTACT

Le premier tatouage que j’ai vu, ce sont ceux des gitans, quand j’avais 10 ans. Je me suis dis « ouah c’est vachement bien ! Quand t’as un tatouage t’es un mec méchant ! », je trouvais ça très beau et surtout très marginal. Ca m’a plu. Des années plus tard, j’ai découvert le travail d’autres tatoueurs, et je me suis rendu compte que plus qu’un tatouage, c’était une création, une oeuvre, qui demande de l’harmonie. C’est là que j’ai voulu m’en faire faire un, et pourquoi pas en faire plus tard.

Et pourtant, je m’y suis mis tardivement : j’ai fais des études de productique, en gros j’ai été formé pour étudier la faisabilité des projets industriels. Mais bon, j’ai fait cela « parce qu’il le fallait », pour mes parents surtout.

LES DEBUTS

Mon premier tatouage, c’est simple : un trait fait par le pistolet du tatoueur, et j’ai vomi ! C’est super douloureux la première fois, surtout parce que c’est une sensation qu’on ne connaît pas beaucoup ; et puis, je suis douillet. Mais ça s’arrange ensuite, ça s’estompe, et après, ça en devient presque agréable. Presque.

J’ai décidé de devenir artiste tatoueur parce que je ne voulais pas bosser. Je voyais Dimitri de Saint Germain en Laye [une idole française, un des premiers artistes français], et je me disais « punk, 30 ans, il vit sa vie… c’est la solution ». Et puis, le travail artistique, le dessin, la maîtrise du trait, c’était motivant. J’ai donc commencé comme apprenti : la première année, j’assistais, je nettoyais les instruments, préparais les gens et le matériel… La seconde, j’ai pu commencer à faire quelques petites pièces, un petit papillon ou autres. L’année suivante, j’ai pu m’attaquer à ma première grande pièce… J’en garde encore un souvenir très précis ! 

EVOLUTION ET CIRCONVOLUTION

Auparavant, le tatoo était un style marginal, qui restait dans son pré-carré punk ou ethnique. Avec l’arrivée de personnes externes, des illustrateurs, des graphistes, des peintres, et notamment Christian de Belleville qui a commencé à tatouer les punks, cela a fait beaucoup évolué les points de vue. C’est devenu un vrai courant artistique, avec des styles très marqués et des directions propres !

Mais à présent, notamment avec des people qui commencent à se faire tatouer et surtout le montrer, le tatouage est devenu aseptisé, un produit de consommation quasi-courant dans certains milieux, un accessoire de mode. Avec le revival rock n’ roll et la tendance à montrer des visuels tattoo dans la mode, la pub, c’est devenu commun. Mais aussi plus ostentatoire : on n’hésite plus à montrer ses tattoos, alors qu’à l’origine, cela restait souvent une chose intime, cachée sous les vêtements.

STYLE

Si je devais résumer mon style et mes influences en un seul mot, ce serait « couleurs » ! Ce n’est pas tant que je n’aime pas le noir & blanc, au contraire, je trouve ça hallucinant, simplement je n’arrive pas à le pratiquer. Alors que la couleur, si ce n’est pas forcément moins difficile, me correspond plus, j’aime ce travail et cette démarche. Côté styles, je suis très bio-mécha, mais je récupère aussi beaucoup d’influences du tattoo japonais, le old school biker ou la news school plus empruntée à l’illustration. Reste que tout dépend ensuite de la volonté du tatoué : certains ont déjà des idées très arrêtées sur ce qu’ils veulent, c’est alors plus compliqué. Mais quand on me laisse une idée, un mot-clé, qu’on m’exprime une envie et qu’on me laisse créer un visuel et lui proposer, là je peux vraiment m’exprimer.

REGLES ET CONVENTIONS

J’aime bien les conventions,  ça permet de rencontrer beaucoup de tatoueurs, et c’est important tant en tant qu’artiste qu’en tant que tatoué potentiel : on peut découvrir des artistes, des influences, des techniques, et ça permet de rencontrer son tatoueur, sortir des habitudes : c’est l’occasion de montrer qu’il y a beaucoup d’artistes partout, en dehors de sa petite ville ! Et puis, la relation entre un tatoué et son tatoueur est personnelle, très particulière, et c’est une occasion de se rencontrer.

Et puis, avec la montée en puissance médiatique du tattoo, ça permet de montrer un peu ce monde, que c’est un vrai univers artistique, et pas que. Reste que souvent, avec les stands – qui sont nécessaires, ce sont eux qui financent l’évènement ! -, les Suicide Girls, les animations, le monde que ça attire, ça ressemble parfois à une foire à la saucisse. Reste qu’heureusement, cela n’est pas encore trop vrai en France, les organisateurs savent encore conserver un certain équilibre.

Ce qui est aussi important dans les conventions, c’est qu’on peut mettre en avant le professionnalisme et la rigueur sur l’hygiène des tatoueurs, que ce ne sont pas des trasheux qui font ça n’importe comment n’importe où, même si ça existe encore parfois. L’immense majorité des tatoueurs est responsable et fait attention à la santé et l’hygiène de leurs clients, d’abord parce que c’est une question de sérieux, et ensuite parce que tout cela fait du tort au tattoo si ce n’est pas parfaitement propre ! Il faut dire aux gens que nos procédures sont souvent bien plus hygiénique que chez le dentiste ! Là-dessus, avec le débat sur les diplômes d’Etat de tatoueur, ou en tout cas la régulation par les pouvoirs publics, je suis pour si cela se base sur l’hygiène et le professionnalisme. Mais si c’est pour faire la régulation de l’art, juger de la qualité artistique ou non d’un tatoueur, comme les écoles des Beaux-Arts ou autres, je suis contre. Et d’abord, parce que c’est au public et aux gens qui vont se faire tatouer que ce jugement appartient. L’esthétique, comme le tattoo, est personnelle et portative !

Interview réalisée par Olivier Mignot

Art Corpus Tattoo

49 rue Grenéta 75002 Paris - 01 40 13 07 34

http://www.artcorptattoo.com

Ludo au travail :

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Photos :  Emmanuelle Courty & Olivier Mignot

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