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[LIVE-REPORT] Sun Araw @Berlin

Ignatius, en direct de Berlin (Allemagne), nous fait découvrir Sun Araw, un projet solo psyché mené par le californien Cameron Stallones


Après la dernière marche du dernier étage d’un immeuble discrètement fondu dans les blocs entourant Kottbusser Tor à Berlin, j’échoue face au Türsteher (littéralement « l’homme qui se tient à la porte« ). “Einen Zehner !” Un billet de dix, quoi. C’est ce qu’il me demande pour assister au concert de Sun Araw, un projet solo mené par le californien Cameron Stallones, accompagné pour la tournée d’un guitariste.

Le passage du groupe à Berlin a lieu au révéré West Germany, une sorte d’Haçienda nouvelle, un refuge indie dans la capitale de l’électro minimale. Il faudrait consacrer un article entier rien qu’à la description de cet endroit. Pour faire bref, imaginez un ancien cabinet médical, le genre un peu morne où, dans un décor de stuc orange, on attend pendant des heures avec toute sa famille un médecin barbu. Arrachez quelques cloisons, le faux plafond. Montez une scène de fortune avec des caisses de bières. C’est tout ce dont ont eu besoin quelques fines gâchettes de la scène alternative pour organiser, à Berlin, une véritable plaque tournante de la musique indépendante – principalement rock, américaine et déclinant le préfixe post dans tout ce qu’il a de plus riche.

Le concert de ce mardi tient les promesses du lieu. Ou plutôt les concerts. La première partie est confiée au londonien Hype Williams et à son dub chaotique, lequel peut aussi bien charmer que donner la nausée, selon les goûts. L’intention semble louable au départ : amener lentement, par la modulation de différentes tonalités, le public à un état d’étourdissement, de tranquille dépossession de soi. Il manque cependant l’effet recherché, peut-être à cause de la mauvaise qualité du son. Toujours est-il que l’équation de départ se résout concrètement en une cacophonie ridicule, une découverte in vivo des différentes fonctions d’un synthétiseur, que seuls quelques amateurs du genre supportent, enthousiastes, jusqu’à la fin.

Si Sun Araw partage les mêmes ambitions que Hype Williams, c’est cependant par de tout autres moyens qu’il les réalise. La référence principale est ici le psychédélisme, mais d’une espèce nouvelle, croisée avec du funk, voire, sur un morceau au moins, à du reggae. C’est comme la rencontre de Ray Manzarek et de George Clinton. Avec l’esprit de Mahatma Gandhi, cependant.

Car plus qu’un musicien, Cameron Stallones doit être considéré comme une sorte de prêtre hindou et ses concerts, comme des méditations mantra. Dans un style épuré, presque minimaliste, il mélange en effet, sur de longues plages sonores (8 minutes minimum), des mélodies répétitives à la guitare et des accords au clavier qu’il ponctue d’un chant récitatif lointain, lanscinant, presque incantatoire. La longue durée des morceaux dilate en quelque sorte la perception dans le temps. On se sent littéralement enveloppé par la musique. Avec des moyens simples, mais parfaitement mesurés, Cameron Stallones parvient à créer une ambiance aux effets proches de ceux des rites hindous ou bouddhiques : détente de l’âme, intégrité du corps, sérénité.

On trouve dans cette musique de nombreuses influences. A côté des rythmiques funk et des textures psychées (par ailleurs, l’utilisation qu’il fait de la guitare m’a aussi fait penser, à certains moments, aux longues mélodies de Durutti Column), Cameron Stallones se dit en outre fortement influencé par la musique africaine et le free jazz, de Fela Kuti au saxophoniste Idris Ackamoor. Et cela s’entend !
En effet, au lieu de produire une musique froide, intellectuelle comme on pourrait l’attendre d’un mec avec autant d’érudition (voir ici une interview où il se défend des catégories dans lesquelles le range le magazine
Wire), Cameron Stallones mobilise cette richesse pour créer une musique pleinement sensuelle, entièrement dédiée au sens – exactement comme la musique africaine qui, loin d’être considérée comme un simple divertissement, possède avant tout une fonction religieuse, par son caractère extatique, de médiation entre les hommes et les dieux.
Il est certain que cette ambition extatique, de transcendance par rapport à soi, est au cœur de la conception qu’il se fait de la musique. Son tour de force : montrer que la spiritualité ne se résume ni à porter des chemises 100% côton à col rond ni à s’inscrire au club de yoga du quartier pour y rencontrer des filles.
Sun Araw ne nous impose aucun des attributs du cliché spiritualiste. Il vient et fait du rock, avant tout – mais il fait du rock, aussi et surtout, quelque chose de spirituel.

Pour tous ceux qui sont curieux de voir à quoi ressemble un rite hindou mené par un californien aux faux airs de Frank Zappa, le groupe sera en France à la fin de la semaine (Lyon le 29, Nantes le 30 et Montpellier le 31).

Texte : Ignatius
Photos : D.R.

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