Les derniers articles :



[Rencontre] Marc Fichel

[update : Après la levée de fonds réussie de Marc Fichel sur Kiss Kiss Bank Bank, le chanteur vient de sortir son premier EP 6 titres, disponible sur iTunes !]

Marc Fichel, sous son chapeau et son faux-air de Christophe Willem, est un homme suractif, et suroccupé. La journée (enfin, du moins de 4h du matin à 15h…), il est un directeur export à Rungis, pour une société qui fait dans l’ail, l’échalotte, l’oignon et la patate (« surtout la patate », souligne-t’il). Le soir venu, il est un pop-singer et un auteur-compositeur-interprête qui commence à sacrément faire parler de lui. Et il y a de quoi, puisque doué, l’homme est aussi un bourreau de travail. « J’ai besoin de travailler. Si j’ai du temps devant moi, j’angoisse ».

Journal d’un homme pressé

Le matin, le billet d’humeur qu’il écrit à ses plus de 2500 fans (suractifs eux aussi) tous les matins sur son profil Facebook et sa page officielle : « C’est une question de cohésion avec mes fans. J’y écris mes billets d’humeur ou de révolte, cela n’a rien de très lié à ma musique, c’est un édito. » Jusqu’à 15 heures, il travaille donc pour gagner sa vie. Une fois sorti, il compose et écrit. Une vraie vie de working-man, le rythme effréné, le train-train, et peu de place à l’amour : « je suis un angoissé, et j’ai une problématique de l’engagement. Alors forcément la vie t’apporte des joies, mais aussi des déceptions amoureuses. J’aime monter, faire et défaire. »

Elève et fils modèle jusqu’à 30 ans, il semble avoir, à 38 ans, décidé de changer de vie, en tout cas en partie. A l’image de sa chanson Mon samedi soir, ou l’histoire des trentenaires (à écouter en fin d’article). « Il faut savoir profiter de chaque instant. J’ai 38 ans, je gagne plutôt bien ma vie, mais ça me coûte beaucoup d’énergie. » Et surtout, cela ne répond pas à ses inspirations et aspirations musicales, qu’il nourrit depuis longtemps. « Mon père, dentiste, est mélomane et autodidacte ; il écoutait Ray Charles, Jerry Lee Lewis. Forcément ça a déteint. »

A 8 ans donc, il touche le piano familial. A 13 ans, première compo, première impro. « Mais c’est à 18-19 ans que je suis arrivé à vraiment composer, sans même comprendre ou connaître le solfège : c’était pour moi tout à fait naturel de composer. La seule chose que je ne savais pas, c’est que ça pouvait plaire ». Il a donc fait une grande école de commerce, a travaillé dur pour devenir le trentenaire et le directeur export qu’il est. « Mon grand-père ne comprend pas ce que je fais, cette volonté de me lancer dans la musique. Il me dit qu’il ne faut pas jouer en Bourse. Pourtant, jouer en bourse c’est un peu mon vrai métier ». Mais il se disait que le jour où ça marchera, il irait embrasser cette vie d’artiste. Ce qu’il a donc fait passé les 35 ans. « Je ne veux pas avoir de regrets, faire ce qu’il faut. Je pense que si tout ça m’était arrivé avant, je n’aurais pas aussi bien gêré. J’ai des gens autour de moi, qui m’aident parce qu’ils m’aiment et aiment ce que je fais. »

Une histoire de rencontres

La rencontre décisive eut lieu il y a 2 ans, lorsqu’une productrice de cinéma, Lise Fayolle, vient à Rungis pour préparer un film, et tombe sur Marc Fichel, qui lui parle de sa musique et de ses compos. Heureux hasard, elle en parle à son compagnon, Guy-Pierre Bennet, journaliste à la revue Médias (que je vous conseille vivement – NDLR). « Il faut que je te présente à Danièle Molko, présidente des éditions Abacaba », lui dit-il. Et le voilà signé chez Abacaba, en tant que compositeur : « Elle avait trop d’artistes dans son équipe, et pas de temps pour s’occuper de moi ; mais elle a reconnu mon don pour composer, et m’a donc signé pour composer pour d’autres. J’ai appris le travail, la composition pour d’autres que moi, pendant un an. » Il travaille ainsi pour l’auteur Patrice Guirao (auteur de la comédie musicale Les 10 Commandements, il a aussi travaillé avec Art Mengo…), Pascale Schembri (elle a écrit pour Robert Goldman) ou encore Claude Lesmele (Président de la SACEM).

De quoi apprendre son métier, même si rien ne le prédestinait à devenir auteur, ni même interprête : « j’aime composer, toujours, tout le temps. Mais je n’aime écrire que pour moi, des textes, mais pas pour des chansons, ou pour les autres. (…) Je suis un mélodiste, et c’est toujours la mélodie qui est le plus important dans une chanson. Une bonne musique, c’est une musique qui se retient, comme je le raconte dans ma chanson Comme un Gimmick (à écouter en fin d’article – NDLR). (…) Mais j’en suis arrivé à faire certaines chansons que j’ai écrites et interprêtées, et ce fut finalement le début de tout ». Est en effet venue il y a un an la rencontre avec le réalisateur Teddy Benhamou [1], qui sur un coup de tête, lui propose de faire un clip d’une de ses chansons. Ce sera BlackBerry Déprime, un gros buzz de notoriété (plus de 150000 visionnages) qui lui crée un réseau de fans purs et durs, et qui attire l’attention de certains médias qui commencent à parler de lui, comme LCI qui lui consacre une news et Radio J qui décide d’intégrer deux de ses chansons dans sa playlist musicale.

S’en suit une mise en vente sur iTunes, et plusieurs concerts à guichet fermé à la Scène Bastille, au Sentier des Halles et au Sunset (un lieu mythique pour la scène jazz parisienne). Le début d’une carrière en tant qu’auteur-compositeur-interprête, et la suite de ses rencontres.

Les rencontres suivantes, ce sera d’abord avec Isabelle Nef, danseuse et pianiste, qui tombe sous le charme de la musique de Marc Fichel à la première écoute sur scène. Devenue sa complice et la présidente de son fan-club, elle le fait venir à son école de danse, où les petits rats deviennent tous fans. Une mère de ceux-ci écoute les chansons de Marc, et vient le voir : « Je travaille chez Morgan (la marque de vêtements – NDLR). Pourquoi ne pas passer ton clip dans nos magasins ? ». Et voici qu’un flash-mob est organisé dans un des magasins parisiens de la marque : « De 17h à 19h, deux semaines avant un de mes concerts. Mon clip passe sur tous les écrans, et moi je suis là à distribuer mes flyers et parler aux gens. Ils me reconnaissaient, me demandaient où m’écouter, et je leur indiquais la billeterie de concerts dans la boutique d’à côté. Et ils revenaient pour que je signe leur billet… Un moment superbe, et super réussi : le magasin a doublé son chiffre d’affaires pendant le flash-mob, et mon concert a affiché complet ».

Une si belle opération qu’un autre flash-mob pour Morgan est en préparation, et que les employés de la marque ont décidé de venir en masse à son prochain concert le 29 novembre prochain au Sunset, qui affiche déjà complet. Pour autant, rassurez-vous ! Je serai présent le 29 novembre pour vous faire partager dans un live-report tout en photos à venir, et Marc Fichel assure un concert supplémentaire la veille, le 28, à la Synagogue de l’ULIF Copernic à Paris (voir infos en fin d’article).

« Internet est mon meilleur attaché de presse »

Marc Fichel réunit autour de lui plus de 2500 fans suractifs sur les différents réseaux ou sites où il promeut sa musique. Avec l’aide d’Isabelle Nef et de Virginie Lominet, community manager chez Locita, il raconte sa vie d’artiste et fait partager ses écrits, ses chansons et son actu. « Si je n’avais pas ma musique, je ne serai pas sur Internet. Mais Internet est mon meilleur attaché de presse, et si je n’y dévoile pas ma vie privée, je fais partager à mes fans ma musique, mes pensées et ma vie d’artiste. C’est un lien fort que j’ai avec ceux qui aiment ce que je fais ».

Et oui, ils aiment ce qu’il fait, puisqu’alors qu’il prépare son album, il est approché par Kiss Kiss Bank Bank, une maison de production participative sur Internet qui permet aux fans de devenir producteur d’un artiste, sur le modèle de MyMajorCompany qui révèla le chanteur Grégoire. « Ils sont venus me chercher, je les ai rencontré à plusieurs reprises, et ils ont aimé mon histoire. Moi, j’ai aimé leur vraie politique pour les artistes. Et puis, avec eux, c’est du vrai mécénat, ceux qui donnent pour produire un artiste ne cherchent pas non plus à faire de l’argent, ils veulent juste aider un artiste qui, en retour, leur offrira un concert privé, des bonus, des rencontres. Kiss Kiss Bank Bank ne promet pas de doubler sa mise… D’autant que soyons clairs, on a pas besoin d’autant d’argent pour faire son album, et puis des phénomènes Grégoire, ça n’arrive que rarement deux fois ».

Mais pourtant, après seulement 5 jours de présence de son projet sur le site, Marc Fichel a déjà récolté plus de 3500€ sur les 10000 requis pour produire son album, et s’est vite fait mettre en page d’accueil du site !

« Entre le psy et la musique, j’ai choisi »

Marc Fichel raconte donc sa vie et son histoire dans ses chansons, comme pour soigner son angoisse. « Entre le psy et la musique, j’ai choisi. J’explore dans mes chansons ce que je suis, ce que je vis, mes coups de blues de working-man et mes aspirations d’artiste, comme je le fais aussi dans mes articles et billets d’humeur. Dans La fille aux yeux qui parlent, j’explique ces regards qui me perturbent. Sur Mon samedi soir, je raconte un samedi soir de trentenaire occupé, avec les sushis et la sauce sucrée devant la télé, les filles qui vont et ne reviennent pas. Dans l’Amant d’Internet, je raconte mon histoire sentimentale et ma peur de l’engagement. Dans BlackBerry Déprime, je me raconte mes aspirations et résume de manière drôle mon changement total de vie, dont j’explique les raisons et raconte les conséquences dans L’amour ne se dit pas. C’est mon journal pas très intime. »

Les pinailleurs iront dire qu’il y a des faussetés dans sa voix, « qu’il n’est pas chanteur après tout ». Et oui, il est auteur-compositeur à l’origine, et ses compositions musicales sont imparables, ce qui est déjà la moitié du boulot. Si on y ajoute ses textes intelligents, intelligibles, et empreints d’une vraie sensibilité et d’un humour assuré, voilà de la chanson à textes à écouter. En ces temps où l’on nous sort des chanteurs de studio aux voix parfaites (travaillées en post-production), une telle fraîcheur, une voix pas toujours assurée, ça redonne un peu de foi dans un paysage de création musicale totalement faux. Alors les petites et rares faussetées de voix, pour tout vous dire, me font penser que si elles n’étaient pas là, on ne l’aimerait pas autant.

En attendant la sortie de son album, dont je ne doute pas, je vous invite à écouter ce chanteur pop-jazz qui vaut le détour, et qui assurément continuera à faire parler de lui. On ne lui souhaite que ça.

Textes et photos (sauf couverture) : Olivier Mignot

En écoute

Infos

Retrouvez Marc Fichel :

[1] Marc Fichel ne fera pas que cela avec Teddy Benhamou, qui avec son complice Raphaël Kenzey a réalisé un court-métrage, Ce qu’il en reste (que je vous invite à visionner sur Youtube – NDLR), qui traite des spoliations des oeuvres d’art aux Juifs par les Nazis. Sélectionné à Cannes en 2010 dans la catégorie des court-métrages, il leur fallait une musique pour le film. « Ils partaient le lendemain pour Cannes, et n’avaient rien. Ils ne voulaient pas reprendre une musique existante, alors ils m’ont fait ce pari de composer une musique originelle de 10 minutes durant la nuit. Ca m’a éclaté, et ce fut un super tremplin vers la musique de films, qui m’a toujours beaucoup parlé. » A noter que Marc Fichel prépare avec eux un autre docu sur les enfants des survivants de la Shoah ; un sujet qui le touche particulièrement jusque dans l’histoire de sa famille.

Textes et photos (sauf couverture) : Olivier Mignot

Partagez et faites tourner !
  • Facebook
  • Twitter
  • email
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • Wikio FR
  • Print
  • RSS
  • Digg
  • del.icio.us
  • LinkedIn
  • Live
  • Netvibes
  • Scoopeo
  • StumbleUpon
  • Wikio
  • Yahoo! Buzz



  1. Erder Nicole le Samedi 6 novembre 2010

    Bonjour ! et un grand MERCI pour cette « présentation » de Marc Fichel. La Mairie de Saint-Mandé l’a invité le 07 mars prochain pour un concert unique en faveur de l’Association Rêves et, ne le connaissant pas, j’ai pu grâce à vous le « situer » ; donc je vais sans la moindre hésitation nous inscrire !
    Pour moi qui n’écoute exclusivement que de la musique classique, Marc est une belle surprise par les temps qui courent. Bravo à lui et j’espère bien pouvoir le lui dire « en live » le 07 mars.
    Nicole (70 ans…)

  2. [...] Pour en savoir plus je vous recommande la lecture du billet d’Olivier Mignot. [...]