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[Rencontre] Klami : « ma parole » par Djazia Satour

UPDATE : Retrouvez les photos du live-report du concert de Djazia Satour du 18 novembre sur We are on stage !

Autant vous l’annoncer tout de suite, il va m’être très difficile d’être objectif à propos de Djazia Satour.

Cette talentueuse chanteuse à la beauté kabyle et fulgurante hante mon iPod et mon esprit depuis plus de 10 ans et ma première année de fac, où grenoblois comme elle, je l’ai rencontrée sur les bancs du cours d’éco-gestion. Ainsi ai-je pu découvrir sa voix dans toute son ampleur sur un EP ultra-confidentiel et collector d’un projet musical de Gaël Chatelain surnommé Mig, qui voulait mixer du trip-hop et du rap. Entre deux rappeurs, Djazia y interprétait quelques envolées de voix, et un simple featuring en fin de disque : sa chanson Leaving Beth.

Cette chanson fut une révélation en pleine oreille de chacun, à tel point que de cette chanson, le projet Mig se sera alors entièrement recentré et reformé autour de Djazia Satour, et aura connu une belle reconnaissance de la profession, des médias et du public. Après 1 second EP puis 2 albums, Dhikrayat et Yamatna, qui firent sensation et dont je vous conseille vivement l’écoute [Dhikrayat en écoute -Yamatna en écoute], le groupe devint en effet un incontournable de la scène électro française (et pas que !) durant 6 ans, avant la séparation du groupe en 2007.

Mig chante Leaving Beth en live dans Ce soir ou jamais sur France 3

Après cette belle expérience, l’aventure s’achève pour le groupe Mig. Celle de Djazia Satour, cette fois en solo, commence, avec Klami, un EP de 6 titres sorti aujourd’hui-même après une tournée d’une quinzaine de dates.

Rencontre comme des retrouvailles d’anciens camarades 10 ans après autour d’un thé chaud pour combattre le froid grenoblois, et en attendant le live-report tout en photos de son concert de jeudi prochain à Paris. Et pour éviter tout subjectivité de ma part, je la laisse parler.

« Avec Mig, on était arrivé artistiquement au bout des choses »

Mig n’a pas vraiment splitté comme on a l’habitude de le dire, où les gens se déchirent. Ce fut un peu une suite logique en un sens, et dans un autre sens, non. On avait un peu fait le tour des choses, pas mal expérimenté. On était arrivé artisitiquement au bout des choses.

En même temps, tout cela n’était pas naturel, ce fut même très précipité : ça s’est fait très tôt avant la sortie du 2e album, notamment par les partenaires autour de nous, et un manque de gestion de leur part. Ces choses se sont surajoutées pour sonner la fin du groupe. Après 6 ans d’existence et le 2e album, on avait fait beaucoup de choses ensemble, avec un répertoire sur album d’une trentaine de titres.

Ce fut une belle histoire ; la dernière année fut d’ailleurs la plus belle, mais les choses se sont essoufflées, et ça n’a pas forcément suivi derrière au niveau de nos partenaires, des ventes au sens où l’entendent certains labels. Pourtant Mig était sur une belle rampe de lancement ! Les aléas font que les groupes ne se séparent pas forcément pour des raisons internes, mais parce que tout ne fonctionne pas forcément de manière efficace autour.

Personnellement, je l’ai toujours vécu non pas comme quelque chose qui s’arrêtait, mais comme une continuité. La fin de Mig ne voulait pas dire la fin de la musique. Une fois la digestion faite, ce fut ainsi une vraie ouverture. Et avec l’expérience de Mig qui m’a énormément appris, apporté et enrichi. J’ai mis tout cela au service de la suite. Je ne peux donc pas dire que Mig s’est séparé dans la douleur, mais c’est quand même pour moi la fin d’une belle et vraie histoire, et il m’a fallu un peu de temps pour passer à autre chose, pour digérer cela. Ce sont des relations humaines fortes, on a été très proches, et pas qu’artistiquement. Et puis ce furent 3 disques, un retour du public plus que royal… Alors oui, pour moi c’est une expérience qui a fini trop tôt par rapport à sa pente naturelle, il n’est pas mort de manière normale. Mais à un moment donné, chacun doit prendre acte.

Klami « ma parole », ou l’affirmation de soi

La fin de Mig n’a donc pas été une tristesse profonde pour moi, mais il a fallu donner un cadre à quelque chose de nouveau, définir mes envies. Cela faisait un moment que je me disais que peut-être je ferai un disque solo un jour, et tout cela a donc été un cheminement. Le groupe était une belle étape, c’est quelque-chose de très constructif en collectif, dans lequel les gens s’apportent beaucoup, artisitiquement et humainement. Mais quand on passe dans un groupe, on finit toujours tôt ou tard, à un certain moment, à vouloir passer à quelque-chose de plus personnel. Seul, en solo, c’est très différent car on possède une direction artistique que l’on maitrise entièrement.

Le temps passé depuis la fin de Mig fut donc pour moi le temps de la gestation. Il y a eu 6 mois pour me demander quoi, comment, où j’avais envie d’aller. Dans le groupe, j’avais énormément de directions artisitiques que j’avais envie d’aborder, beaucoup, beaucoup trop. Et on ne peut pas tout faire dans un groupe. Il y a des fonctionnements qui s’installent, des concessions que l’on fait ; c’est délicat. Et j’ai toujours imaginé que la musique se construit dans le temps : on ne peut pas tout faire en même temps, sur 2 albums. C’est en cela que je dis que la fin de Mig fut une ouverture car j’ai simplement pris le temps de m’écouter vraiment. De faire aussi des choix, que j’assume pleinement aujourd’hui.

Djazia Satour en live : Klami

Je voulais offrir quelque-chose de nouveau, et me concentrer sur ce qui me bottait vraiment. Mig chantait par exemple en 3 langues, j’ai réduit à 2, pour chanter en anglais et en arabe. Je donne une place prépondérante à l’arabe aujourd’hui, tout en gardant à l’idée que peut-être je retournerai au français un jour.  J’ai aussi choisi de passer au tout acoustique et de laisser de coté les machines, qui étaient néanmoins un terrain de jeu formidable auquel je reviendrai peut-être. Maintenant, naturellement, j’ai tendance à plus me tourner vers ma culture musicale, et ma culture tout court, à savoir l’arabe et l’anglais. J’avais vraiment envie de la jouer « pur musicien ». Tout cela a commencé à déterminer un peu mieux le projet artistique que j’avais envie de mener : une musique très acoustique, plus chaude même s’il y a encore des réminiscences de trip-hop ou de choses très douces, très calmes.

Ce sont des choix différents car j’avais envie de passer à autre-chose, et puis je peux pas me permettre de refaire du Mig, ce ne serait par intéressant. Je voulais écouter mes envies du moment, faire ces choix plus radicaux, simplifier les choses. Mig était un peu un exercice de style, et ça a donné des choses intéressantes que je porte fièrement, comme par exemple Antipodes que j‘aime énormément (aussi parce que cette chanson m’a donnée beaucoup de mal pour la mise en musique de la langue).

J’ai mis 18 mois pour écrire et faire les chansons, et une des différences fondamentales est que j’ai travaillé seule. Du coup, c’est très différent d’avoir un fonctionnement personnel, alors que dans un groupe tu sais que tu auras les instrus d’untel sur lesquelles tu pourrras te reposer, par exemple. Les choses changent dans la construction même des chansons.

« Mes chansons ont d’abord existé par la scène : je voulais qu’elles y mûrissent « 

Au départ, j’ai fait quelques tentatives avec des musiciens avec lesquels ça n’a rien donné. J’ai donc travaillé toute seule sur des choses très très simples, des chansons. Le minimum de choses : orchestration simple, un piano et des petites programmations que je fais sur mon ordinateur. J’ai fait des maquettes de chansons, un retour à la base : une mélodie et des textes, et faire en sorte que ça marche comme ça, simplement avec des accords et une mélodie. J’ai beaucoup travaillé ensuite avec des auteurs pour les textes.

Une fois que je suis arrivée à des bases solides pour mes chansons, j’ai fait appel à une équipe, mais ce fut très tardivement. Fafa Daïan (guitariste de Sinsemilia, il produit à présent tout ce que Grenoble compte de musiciens talentueux, comme par exemple Yoanna) et les musiciens sont arrivés au moment où j’ai eu besoin de faire passer ses chansons à la scène, pour le spectacle. C’est à ce moment là que mes chansons sont sorties de l’ordinateur et qu’elles ont commencé à vraiment vivre et être jouées. C’était fin 2008, où je prévoyais de faire une première tournée d’une quinzaine de dates. On s’est enfermés 2 mois en studio, en local de répétition, en atelier, pour finaliser les chansons et les arranger en groupe. Ce fut une vraie dynamique : je suis sortie d’une période de solitude dans le travail pour confronter mes chansons à des musiciens, et vraiment les monter.

Ma musique a d’abord existée par la scène, tout le contraire de Mig. On composait énormément en studio avec Mig, et on adaptait pour la scène. Là, pour la première fois, j’ai dû faire le travail inverse et adapter des chansons de scène sur un disque. J’avais vraiment envie que ses chansons aient un vécu, qu’elles s’affinent, que les idées aillent au plus loin. C’est pour cela que mes chansons ont d’abord existé sur scène, je voulais qu’elles y mûrissent, avant de les figer sur un disque. Je suis très contente car c’est quelque chose que je voulais faire depuis très longtemps. Et puis c’est un peu l’histoire de la musique : les chansons se jouent, vivent, et puis se figent. La particularité de l’électro est d’avoir un travail très fort sur le son, une matière très travaillée en studio qu’on essaye de retranscrire sur scène, c’est voulu et c’est normal. Mais dans la musique acoustique, on a envie d’entendre les instruments, c’est donc forcément un peu plus risqué, et c’est le risque que je voulais prendre, une vraie démarche.

C’était important pour moi que les chansons soient vécues par les musiciens, qu’ils les maîtrisent pour leur donner toute leur plénitude. C’est une différence notable dans ma manière de travailler par rapport à ces dernières années avec Mig.

« 6 titres pour montrer la diversité de ma musique dans sa globalité »

Il n’y a pas que 6 titres dans mon répertoire, mais je voulais faire une première pierre avec cet EP, en donner ni trop peu ni trop pour montrer ce que je fais : un entre-deux en attendant un vrai album. Le choix fut difficile. 6 titres seulement c’est court.

Dans ce disque, des morceaux comme Klami ou Stories sont les tous premiers morceaux que j’ai composés, il était naturel qu’ils soient présents. Klami (« ma parole ») s’est imposé car ça me paraissait logique que dans ce premier disque l’affirmation de soi se reflète : c’est un rendu fidèle de ma réalité depuis maintenant 2 dernières années, de ce projet solo que j’ai entamé, avec toute la démarche artistique et personnelle qu’il implique. Le résultat de tout ce travail, c’est l’affirmation de soi par la parole, par la musique. D’où le nom de mon disque.

Le seul titre qui est arrivé en fin, c’est M’Sira, qui est le plus récent. Son existence sur le disque a été motivé par Fafa qui a adoré ce morceau et qui en a pris toute la direction artistique. Avec l’orchestration avec les cordes, c’est un titre particulier, un OVNI.  J’ai rencontré un partenaire qui est aussi fan que moi de ses récréations artistiques. C’était intéressant d’avoir réuni 2 mondes, et ce travail avec des gens de formation classique, pour nous, autodidactes. Ils ont été très à l’écoute de ce que l’on voulait, on a beaucoup échangé. Je suis très fière de ce morceau, et le travail de Fafa a été énorme : la chanson à la base existait, mais l’orchestration est une création née de la collaboration avec les cordes.


Djazia Satour en concert

Je pense que sur ce disque, il y a des morceaux très marqués arabe, comme Temet Liyam, qui est très traditionnel, une composition sur une rythmique ternaire arabe. Je n’ai pas cherché à tordre les choses. Il y a toujours le ménage arabe qui vient sur des morceaux comme Klami, et des morceaux plus black qui s’assument plus pop, mais il y a moins de mélange à l’intérieur de chaque chanson, moins de recherche pour mélanger et triturer à l’extrème comme il y avait dans Mig. J’avais envie de simplifier les choses et de donner dans ce 6 titres de la diversité dans sa globalité. Que les morceaux entre eux soient très différenciés et différenciables.

J’espère qu’avec ce dique, l’on ressente le panel : ces 6 titres me permettent de montrer ce que j’aime faire et ce que je veux montrer de ma musique. Un premier jet de ce que pouvaient être les différentes facettes du projet : je tiens à la diversité de mon répertoire. Sur scène, je chante tous les titres du disque et d’autres inédits, mais il fallait choisir 6 titres qui montre la diversité de mes directions artistiques. Je tiens à des moments très différents, très acoustiques, puis très électriques, et enfin des morceaux a capella. C’est important de ne pas s’ennuyer.

Ma musique se vit sur scène, en acoustique, d’autant qu’il y a quelques surprises scéniques : c’est un spectacle et pas seulement un concert. Je chante aussi 2 titres de Mig auxquels je tiens énormément. C’est un clin d’oeil, et puis je ne me sens pas de ne plus jamais chanter du Mig. Mais ce n’est plus ma musique, j’ai entamé la suite de mon chemin, de mon parcours. Qui m’aime me suive !

Et j’aime Djazia Satour, et encore plus sur scène, où la magnifique diva donne toute son ampleur à son talent et à sa voix entêtante et hypnotique.

Et vous l’aimerez aussi. Aussi, si je vous encourage vivement à écouter et acheter son premier disque EP sorti aujourd’hui même, Djazia Satour est une artiste à écouter et apprécier pleinement sur scène.

Elle se produira d’ailleurs dans quelques jours, jeudi 18 novembre, à Paris, pour la sortie de son album. J’y serai pour vous faire partager un live-report tout en photos, bientôt sur We are on stage !

UPDATE : Retrouvez les photos du live-report du concert de Djazia Satour du 18 novembre sur We are on stage !

Textes & photos (sauf couverture : Didier Gaillard-Hohlweg) Olivier Mignot

En écoute

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  • En écoute gratuite : album de Mig Dhikrayat
  • En écoute gratuite : album de Mig Yamatna
  • En écoute gratuite : EP de Djazia Satour Klami

Sortie CD

> Djazia Satour

> Premier EP 6 titres : « Klami »

(auto-production, distribution Musicast)

> Sortie le 15 novembre 2010

> Disponible chez tous les bons disquaires (tant qu’ils existent encore) et sur iTunes.

> Site MySpace : http://www.myspace.com/djaziasatour

En concert

Djazia Satour débute son planning de tournées dans toute la France. Voici donc les dates déjà confirmées, mais d’autres devraient tomber rapidement !

  • 18.11.10 @ Centre Barbara Fleury, Paris [1 rue Fleury 18e]
  • 11.02.11 Festival Poly’sons @ Le Fil, Saint Etienne (42)
  • 22.03.11 Festival Voix des Femmes, St Martin du Crau (13)
  • 13.05.11 Festival Jazz, St Jean de Braye (45)

Textes & photos (sauf couverture : Didier Gaillard-Hohlweg)Olivier Mignot

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  1. [...] [Rencontre] Klami : « ma parole » par Djazia Satour [...]

  2. Elsa le Lundi 15 novembre 2010

    Djazia Satour sera en concert le jeudi 12 mai au Nouveau Casino (Paris) :
    http://www.nouveaucasino.net/index.php/2011/05/12/1592-djazia-satour