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[LIVE-REPORT] Zola Jesus @Berlin

Ignatius, en direct de Berlin (Allemagne), nous fait découvrir Zola Jesus, de son vrai nom Nika Roza Danilova, lors de son concert berlinois.

Pas plus d’un mètre soixante, un corps frêle, des épaules voûtées et de longs cheveux blonds, coupe sauvageonne à la Tina Turner derrière laquelle elle semble vouloir se cacher. On se croirait presque face à une enfant, tant elle semble fragile. Puis, après quelques derniers arrangements, elle est prête. Une dernière inspiration. Et, brutalement, sous le signe conjoint de Zola et de Jésus, les premières vibrations de sa voix tonnent à travers la salle. Sa puissance et son énergie subjuguent d’emblée le public, qui, paralysé, n’esquisse plus un seul mouvement. Cette fille, dont nous avions à peine remarqué la présence lors de sa montée sur scène, nous transite sans sommation aux premières notes. Nous sommes tous, littéralement, en état d’arrestation.

C’est ainsi que commence mardi soir le concert de Zola Jesus, le nom de scène de la chanteuse Nika Roza Danilova. Elle avait certes déjà fait une apparition un peu plus tôt dans la soirée, pendant le passage de Former Ghosts. Mais subrepticement, sur deux chansons uniquement, comme une mise en bouche de ce qui allait suivre. Elle avait alors aidé à donner un peu de clarté à un concert plutôt confus jusque-là, Freddy Ruppert ne parvenant pas à trouver le rythme juste ni à poser sa voix – c’est le moins qu’on puisse dire. J’ai pensé, mesquinement, en le voyant agité convulsivement main et tête en forme d’hommage aux épileptiques, qu’il avait été trop gourmand en psychotropes ; je me trompe, cependant, il a l’air parfaitement maître de lui. Ce n’est qu’un enthousiaste, un enthousiaste qui chante faux.

Nika Roza Danilova ne manque pas non plus d’enthousiasme. Elle parvient néanmoins à le mesurer et à s’en servir pour produire un concert intense, pendant lequel le monde semble en suspens. A côté de la new wave obscure et gothique des années 80, la référence essentielle pour comprendre la musique de Zola Jesus est l’opéra. Il n’y en effet que dans l’opéra où la voix est à ce point mise en avant. Celle-ci est travaillée, distordue jusqu’à affranchir les mots de ce qu’il représente et à en dégager toute la valeur expressive. La voix devient ici, comme dans l’opéra, un instrument à part entière que la chanteuse pousse à des hauteurs impressionnantes. Elle parvient ainsi à prendre par effraction la couche d’insensibilité qui nous recouvre au quotidien et à se suspendre à nos nerfs. Elle en fera alors ce qu’elle veut.

On s’imagine volontiers Nika Roza Danilova comme une fille écorchée à vif, rompue à l’adversité, qui se serait servi de sa voix comme d’une arme de poing pour se protéger. Tout l’intérêt du concert vient de ce constraste constant entre l’apparence de vulnérabilité de la chanteuse et la puissance de sa voix. D’une part, la chanteuse nous lance des regards en forme de points d’interrogation. Elle a l’humilité des gens qui offre beaucoup et ne se rassasie jamais du plaisir qu’ils donnent. D’autre part, elle entame des rites incantatoires, des danses blasphématoires dans lesquelles, avec une hybris soudaine, elle nous met au défi d’atteindre les limites qui nous séparent des dieux – et ainsi, pendant quelques instants, de sentir un peu plus intensément la vie. En gros, si Nika Roza Danilova avait vécu au Moyen Âge, l’époque lui aurait laissé deux chances : soit de mourir brûlée vive pour sorcellerie par des paysans avides de divertissement et d’expiation collective ; soit de devenir une vierge guerrière et, dans un élan vindicatif, de prendre au nom de Dieu la tête d’une armée. On se dit après l’avoir entendue qu’entre justice et mysticisme Zola Jesus porte bien son nom.

La soirée organisée ce mardi à Festsaal Kreuzberg était exceptionnelle. En plus des concerts de Former Ghosts et de Zola Jesus, les organisateurs avait programmé Xiu Xiu, le groupe fondé par le californien Jamie Stewart, lui aussi fascinant qui, bien que dans un genre différent, beaucoup plus marqué par le punk et les jeux de discordances, partage certains thèmes avec Zola Jesus. Au final nous aurons donc assisté à trois heures de concert extraordinaires pour le prix de trois paquets de cigarettes. En effet, il y avait quelque chose de magique ce mardi soir à Berlin.

Le triptique infernal sera en France le 17 novembre au Grrnd de Lyon et le 18 à la Fondation Cartier.

Texte : Ignatius
Photos : D.R.

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